C'est l'arnaque qui vide réellement les comptes. Pas de quelques dizaines d'euros comme un faux SMS de colis, mais de
plusieurs milliers d'euros, parfois l'épargne d'une vie, en une vingtaine de minutes de conversation téléphonique.
Et le pire, dans cette histoire, c'est que la victime n'est jamais piratée. Personne n'entre dans son compte en forçant un mot de passe.
C'est elle qui valide le virement, de ses propres mains, en croyant faire exactement le contraire.
Nous recevons régulièrement, à Hyères, des personnes qui viennent de vivre cette scène. Ce ne sont pas des gens imprudents. Ce sont souvent des gens plutôt prudents, qui connaissaient les faux SMS, qui ne cliquent jamais sur les liens, et qui ont pourtant donné un code à un inconnu. Cet article explique pourquoi, et surtout ce qu'il faut faire à chaque étape.
La réponse en 30 secondes, si vous lisez ceci parce que le téléphone sonne ou vient de raccrocher :
Aucun conseiller bancaire, aucun service anti-fraude, aucun policier ne vous demandera jamais :
- un code reçu par SMS ;
- de valider une opération dans votre application pendant qu'il vous a au téléphone ;
- de supprimer ou d'ajouter un bénéficiaire ;
- de virer votre argent sur un « compte de sécurité » ( ce compte n'existe pas ) ;
- d'installer une application pour « sécuriser » votre compte.
Si on vous demande l'une de ces cinq choses, c'est une arnaque. Sans exception, sans cas particulier,
même si le numéro affiché est celui de votre agence.
La bonne réaction : raccrochez sans vous justifier, puis rappelez vous-même le numéro imprimé
au dos de votre carte bancaire, si possible depuis un autre téléphone.
Si vous avez déjà donné un code ou validé quelque chose, sautez directement à la section . Chaque minute compte réellement, et la honte fait perdre exactement les heures qui comptent.
1. Pourquoi cette arnaque coûte si cher
Comparons deux minutes avec les arnaques que tout le monde connaît.
| Type d'arnaque |
Ce que l'escroc obtient |
Préjudice courant |
| Faux SMS de colis ( 1,99 € de frais ) | Un numéro de carte bancaire | Quelques centaines d'euros, plafonnés par la carte |
| Faux support technique | Un accès à distance, parfois des cartes cadeaux | Quelques centaines à quelques milliers d'euros |
| Faux conseiller bancaire | Un virement autorisé par vous, depuis votre propre compte | Souvent 5 000 à 50 000 € |
La différence tient en un mot :
le virement. Une carte bancaire a des plafonds, une opposition immédiate et une procédure de remboursement bien rodée. Un virement, lui, part du compte lui-même, sans plafond de carte, et il est
présumé autorisé puisqu'il a été validé avec vos propres moyens d'authentification.
C'est précisément ce que cherche l'escroc : il ne veut pas voler votre code, il veut que
vous signiez.
2. Le scénario complet, en 5 temps
Le déroulé est remarquablement stable. Nous le retrouvons quasiment à l'identique dans tous les cas qui passent à l'atelier. Le reconnaître, c'est déjà s'en protéger.
Temps 1 : le SMS qui prépare le terrain
Tout commence par un message, souvent en fin de journée ou le week-end :
« CAISSE D'EPARGNE : une tentative de paiement de 749,00 EUR chez APPLE STORE a été détectée sur votre compte. Si vous n'êtes pas à l'origine de cette opération, contactez le service anti-fraude. »
Ce SMS a deux caractéristiques importantes.
D'abord, il
ne demande rien. Pas de lien à cliquer, ou alors un lien accessoire. C'est justement ce qui le rend si efficace : vous avez appris à vous méfier des liens, celui-ci ne vous en propose pas, donc votre garde baisse.
Ensuite, il arrive
dans le vrai fil de discussion de votre banque, à la suite des vrais messages qu'elle vous a envoyés les mois précédents. Ce n'est pas un bug de votre téléphone : le nom de l'expéditeur d'un SMS ( ce qu'on appelle l'en-tête ) est
très facile à imiter, et votre téléphone regroupe les messages par nom d'expéditeur. Un faux message estampillé « CIC » se rangera automatiquement avec les vrais.
C'est un point que nous devons expliquer presque à chaque fois, parce qu'il paraît incroyable. Nous l'avons détaillé dans notre guide sur les .
Temps 2 : l'appel, quelques minutes plus tard
Le téléphone sonne, en général entre deux et dix minutes après le SMS. À l'écran s'affiche parfois
le vrai numéro de votre agence, celui que vous avez peut-être enregistré dans vos contacts, qui s'affiche alors sous le nom que vous lui avez donné vous-même : « Ma banque », « Agence Hyères ».
Ce procédé s'appelle le
spoofing : afficher un numéro qui n'est pas celui d'où l'on appelle. Techniquement, c'est aussi simple que d'écrire une fausse adresse d'expéditeur au dos d'une enveloppe.
Un progrès existe : depuis fin 2026, les opérateurs français appliquent un
mécanisme d'authentification des numéros qui coupe une partie des appels usurpant un numéro français depuis l'étranger. C'est réel et utile, mais ne comptez pas dessus comme sur un rempart : il ne couvre pas les SMS, et il n'empêche pas toutes les configurations.
Le numéro affiché n'est pas une preuve d'identité.
Temps 3 : la mise en confiance
Au bout du fil, une voix calme, polie, professionnelle. Un français impeccable. Un ton légèrement ennuyé, celui de quelqu'un qui traite ce genre de dossier vingt fois par jour.
Et surtout, cette personne
sait des choses :
- votre nom complet et votre adresse ;
- le nom de votre agence, parfois celui de votre conseiller ;
- les quatre derniers chiffres de votre carte ;
- et parfois vos dernières opérations réelles.
Elle vous les récite d'ailleurs spontanément, comme une agence le ferait pour vous prouver son identité :
« Je vois bien votre prélèvement EDF du 5, et votre passage au Carrefour de La Garde mardi. » À cet instant précis, dans la tête de la victime, le dossier est clos : personne d'autre que la banque ne peut savoir ça.
Nous verrons plus bas . Retenez déjà ceci :
c'est l'étape la plus dangereuse de tout l'appel, parce que c'est celle qui désactive votre méfiance pour les vingt minutes suivantes.
Temps 4 : la demande
Vient alors l'urgence. Un virement de plusieurs milliers d'euros serait « en cours de traitement », il faut « le bloquer avant la clôture des opérations », vous avez « quelques minutes ». On vous demande de rester en ligne, de ne surtout pas raccrocher, parfois de ne pas en parler autour de vous
« le temps de l'enquête interne ».
Puis arrive la vraie demande. Elle prend l'une de ces quatre formes :
| La demande |
Ce qui se passe en réalité |
| « Communiquez-moi le code que vous venez de recevoir par SMS » | Ce code valide le virement de l'escroc, ou l'enrôlement de votre carte dans son téléphone |
| « Validez la notification dans votre application, c'est le blocage » | Vous autorisez l'opération frauduleuse avec votre empreinte ou votre code |
| « Supprimez le bénéficiaire frauduleux que je vais vous dicter » | Vous ajoutez en réalité le compte de l'escroc à vos bénéficiaires |
| « Virez vos fonds sur le compte de sécurité de la banque » | Vous virez votre argent sur un compte de passage. Ce compte de sécurité n'existe pas |
Une cinquième variante monte depuis deux ans :
« installez cette application, elle va sécuriser votre ligne ». C'est en réalité un outil de prise en main à distance, exactement comme dans l'. Sur Android, ces applications s'installent hors du magasin officiel : un , et l'escroc voit votre écran, donc vos codes.
Temps 5 : le virement que vous avez validé vous-même
L'argent part. Souvent en
virement instantané, qui arrive sur le compte destinataire en dix secondes, sept jours sur sept, et qui n'est pratiquement pas rappelable. Il est ensuite immédiatement redistribué sur d'autres comptes, souvent ceux de « mules » recrutées par petites annonces.
Et vous restez avec un problème inconfortable : du point de vue de la banque, l'opération a été
régulièrement authentifiée. C'est tout le sens de la section sur plus bas, parce que cette apparence n'est pas la fin de l'histoire.
3. Pourquoi ça marche, même sur des gens prudents
Il faut le dire clairement, parce que c'est ce que les victimes ont le plus de mal à s'entendre dire :
se faire avoir ici n'a rien à voir avec l'intelligence, ni avec l'âge, ni avec l'aisance informatique. Nous voyons des ingénieurs, des comptables, des gens qui manipulent des chiffres toute la journée.
Cinq ressorts jouent ensemble, et c'est leur combinaison qui fait tout.
- Le renversement du rôle. Dans toutes les autres arnaques, on vous demande de donner quelque chose. Ici, on vous propose de vous protéger. Votre interlocuteur n'est pas dans le camp adverse, il est censé être de votre côté, contre un voleur. Cela désarme complètement le réflexe de méfiance, qui n'est pas entraîné à se déclencher face à quelqu'un qui vous sauve.
- L'urgence fabriquée. Le compte à rebours, réel ou inventé, empêche la seule chose qui vous sauverait : raccrocher et réfléchir cinq minutes. Toute la conversation est construite pour que vous n'ayez jamais dix secondes de silence.
- La preuve par le numéro. Voir s'afficher le numéro de son agence vaut, pour la plupart des gens, certificat d'authenticité. C'est faux, et c'est le point technique le plus important à faire passer autour de vous.
- Le savoir de l'interlocuteur. Les informations exactes qu'il donne servent de preuve. Elles n'en sont pas une.
- Le secret demandé. « N'en parlez à personne pendant l'enquête » n'a aucune justification bancaire. C'est une phrase d'escroc, et elle a un seul but : vous empêcher de demander l'avis d'un proche, qui aurait tranché en dix secondes. Considérez cette demande comme un aveu.
4. « Mais il connaissait mes dernières opérations »
C'est la question qui revient toujours, et elle est légitime. Trois explications, dans l'ordre de fréquence.
Les fuites de données. Elles ne livrent presque jamais de données bancaires, mais elles livrent nom, téléphone, adresse, date de naissance et
le détail exact des commandes passées chez un marchand. Un escroc qui sait que vous avez commandé une machine à café à 249 € la semaine dernière peut vous parler d'un « paiement suspect de 249 € » avec un aplomb redoutable. Et ces fuites viennent de plus en plus des
prestataires des commerçants, pas des commerçants eux-mêmes : on peut être concerné par un site où l'on n'a jamais mis les pieds. Nous avons consacré un article à la .
Le hameçonnage antérieur. Un faux SMS auquel vous avez répondu il y a trois semaines, une fausse page de connexion bancaire remplie et aussitôt oubliée : l'escroc a votre identifiant et voit peut-être déjà vos opérations en lecture. L'appel n'est alors que la deuxième étape, celle qui sert à obtenir le code de validation qui lui manque.
Le bluff calibré. Beaucoup d'informations sont en réalité devinées et confirmées par vous.
« Vous êtes bien chez nous depuis 2011 ? » et vous corrigez :
« non, 2014 ». L'escroc vient d'apprendre quelque chose, et vous, vous venez de vous convaincre qu'il savait déjà.
La règle qui remplace toutes les autres : une information exacte ne prouve rien. Ce n'est pas parce qu'on connaît vos opérations qu'on est votre banque. Le seul critère fiable, c'est ce qu'on vous demande de faire.
5. Ce qu'une vraie banque fait, et ne fait jamais
Ce tableau est probablement la partie la plus utile de cette page. Imprimez-le, ou envoyez-le à vos parents.
| Une vraie banque |
Un escroc |
| Bloque elle-même une opération suspecte, sans votre aide | A besoin de vous pour valider quelque chose |
| Vous demande de rappeler le numéro habituel si vous doutez | Vous demande de rester en ligne |
| Ne vous demande jamais un code reçu par SMS | Demande le code, « pour vérification » |
| Ne vous demande jamais votre mot de passe complet ni votre code de carte | Les demande, éventuellement « en partie » |
| N'a aucun « compte de sécurité » où mettre vos fonds à l'abri | En a toujours un, et il est prêt |
| Vous laisse tout le temps de réfléchir et de rappeler | Fabrique un compte à rebours |
| Ne vous demande jamais d'installer une application par un lien | Vous en envoie une, « pour sécuriser la ligne » |
| N'a aucune raison de vous demander le secret | Vous demande de n'en parler à personne |
Un rappel utile sur les codes : le SMS de validation que vous recevez
contient toujours l'objet de l'opération, en petit et en haut, avant le chiffre. « Ajout d'un bénéficiaire », « Virement de 4 800 € vers M. X ». Prenez trois secondes pour
lire la phrase avant de lire le code. Beaucoup de victimes nous disent, après coup, avoir eu le texte sous les yeux sans le voir : l'appel les occupait entièrement. C'est exactement le but de l'appel.
6. Que faire pendant l'appel
Une procédure courte, à connaître par cœur.
- Raccrochez. Sans vous justifier, sans vous excuser, sans annoncer que vous allez vérifier. Vous ne devez rien à cet interlocuteur, et la politesse est précisément le levier sur lequel il appuie. Si vous êtes gêné à l'idée de raccrocher au nez d'un vrai conseiller : un vrai conseiller comprendra parfaitement, et vous rappellera.
- Ne rappelez pas le numéro qui s'est affiché. Il ne mène nulle part, ou pire, il mène à eux.
- Rappelez le numéro au dos de votre carte bancaire, ou celui de votre agence tel qu'il figure sur vos relevés papier ou dans l'application officielle. Idéalement depuis un autre téléphone, ou après avoir attendu une bonne minute : sur les lignes fixes, un ancien procédé permettait à l'appelant de maintenir la ligne ouverte, si bien que la victime qui « rappelait sa banque » retombait sur l'escroc. C'est rare aujourd'hui, mais la précaution ne coûte rien.
- Pendant que vous attendez, ne validez rien. Aucune notification, aucun code, aucune empreinte. Si des notifications de validation arrivent en rafale pendant l'appel, c'est la preuve que quelqu'un est en train de tenter des opérations. Ignorez-les, refusez-les, et signalez-le au conseiller que vous aurez rappelé.
- Si vous êtes seul et que le doute vous ronge, appelez un proche avant de rappeler la banque. Trente secondes de récit à voix haute suffisent presque toujours à faire tomber le scénario. C'est le meilleur antivirus qui existe, et il est gratuit.
7. Ce qu'il faut faire dans l'heure qui suit
Vous avez donné un code, validé une notification, ou fait le virement. Voici l'ordre exact. Ne changez pas l'ordre : les deux premiers points sont ceux qui peuvent encore récupérer l'argent.
1. Appelez votre banque immédiatement, y compris la nuit et le week-end ( numéro d'urgence au dos de la carte, ou serveur interbancaire d'opposition
0 892 705 705 ). Dites la phrase qui déclenche la bonne procédure :
« j'ai été victime d'une escroquerie au faux conseiller, il faut bloquer les virements sortants et faire une demande de rappel de fonds. » Un virement classique peut parfois encore être arrêté. Un virement instantané rarement, mais
le compte destinataire peut être gelé s'il est signalé assez vite, et c'est souvent comme cela que des sommes sont récupérées.
2. Faites bloquer les moyens de paiement : carte en opposition, virements suspendus, accès à l'espace en ligne réinitialisé.
3. Vérifiez et faites vérifier, poste par poste :
- la liste des bénéficiaires enregistrés ( un compte inconnu y a peut-être été ajouté, en dormance pour plus tard ) ;
- les plafonds de virement, souvent relevés à votre insu pendant l'appel ;
- l'adresse email et le numéro de téléphone enregistrés sur le compte, qui ont pu être remplacés pour capter les futurs codes ;
- l'existence d'un renvoi d'appel activé sur votre ligne ( composez ##21# puis appel sur mobile pour désactiver tout renvoi inconditionnel ).
4. Changez le mot de passe de votre banque et de votre messagerie, depuis un appareil dont vous êtes sûr. Si vous avez installé une application à leur demande, considérez le téléphone ou le PC comme compromis et faites-le vérifier avant de taper le moindre mot de passe dessus.
5. Déposez plainte, en commissariat ou en gendarmerie. On vous dira peut-être que « ça ne sert à rien » : c'est faux, le récépissé est une
pièce du dossier de remboursement face à la banque, et il n'est pas facultatif.
6. Confirmez tout par écrit à votre banque, en recommandé avec accusé de réception, en contestant formellement les opérations et en demandant leur remboursement au titre de l'article L133-18 du code monétaire et financier. L'écrit fait courir les délais, et il évite qu'on vous oppose plus tard une déclaration tardive.
7. Notez tout, tout de suite : heure du SMS, heure de l'appel, numéro affiché, prénom donné par l'interlocuteur, ce qui a été dit, ce que vous avez validé et à quelle heure. Votre mémoire sera beaucoup moins précise dans trois jours, et ce récit est le cœur de votre dossier.
8. L'arnaque d'après : le faux policier qui rappelle
Un point que peu d'articles mentionnent, et que nous voyons pourtant régulièrement.
Quelques jours ou quelques semaines après, une nouvelle personne appelle. Elle se présente comme
policier, gendarme, agent de la brigade financière, ou service de recouvrement spécialisé. Elle connaît votre affaire, ce qui est normal : c'est la même équipe, ou un fichier revendu. Elle annonce que les fonds ont été localisés, qu'une procédure est en cours, et qu'il faut simplement
régler des frais de dossier, ou
valider un dernier virement pour rapatrier l'argent.
C'est la même arnaque, jouée une deuxième fois sur une victime déjà identifiée comme réceptive. Elle est redoutable, parce qu'elle arrive au moment où vous espérez encore récupérer votre argent.
Règle : aucun service de police ni aucun organisme public ne vous appellera pour vous restituer de l'argent contre un paiement. Les fichiers de victimes se revendent. Un second appel « bienveillant » après une escroquerie est presque toujours le deuxième acte de la même pièce.
9. Vos droits : le remboursement par la banque
Beaucoup de victimes n'osent même pas réclamer, persuadées d'être fautives. C'est une erreur, et c'est probablement l'information la plus rentable de cet article.
Le principe ( article L133-18 du code monétaire et financier ). Pour une opération de paiement
non autorisée, la banque doit rembourser
immédiatement, au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant votre signalement, et remettre le compte dans l'état où il aurait été.
Le délai ( article L133-24 ). Vous avez
13 mois à compter du débit pour contester. N'attendez pas pour autant : contestez par écrit dès la découverte.
La limite : la négligence grave. La banque peut refuser si elle prouve que vous avez commis une négligence grave. Deux précisions comptent :
- la charge de la preuve pèse sur elle, pas sur vous ;
- la Cour de cassation a jugé que le fait d'avoir été trompé par un escroc utilisant le numéro et le nom de la banque, dans un scénario particulièrement convaincant, ne caractérise pas automatiquement une négligence grave ( chambre commerciale, arrêt du 12 novembre 2020 ).
Autrement dit :
un premier refus n'est pas définitif, et il ne faut pas s'en contenter.
En cas de refus : courrier au service réclamations, puis saisine du
médiateur bancaire, gratuite, dont les coordonnées figurent sur vos relevés et sur le site de votre banque. Joignez le récépissé de plainte et le récit horodaté. Beaucoup de dossiers se débloquent à cette étape, sans avocat.
Un point récent en votre faveur. Depuis octobre 2025, dans toute la zone euro, les banques doivent
vérifier la concordance entre le nom du bénéficiaire et l'IBAN que vous saisissez, et vous alerter en cas de désaccord. Concrètement : si l'écran vous a affiché un avertissement du type « le nom ne correspond pas » et qu'un interlocuteur vous a demandé de
passer outre, c'est un élément important de votre dossier, dans les deux sens. Retenez surtout la conséquence pratique :
cet avertissement ne doit jamais être ignoré, quoi qu'on vous dise au téléphone.
Nous ne sommes pas juristes, ces éléments sont donnés à titre d'information générale. Pour un préjudice important, faites-vous accompagner : association de consommateurs, médiateur, avocat.
10. Où signaler
- 33 700 pour le SMS et l'appel frauduleux. Transférez le SMS au 33700, puis répondez au message automatique en indiquant le numéro de l'expéditeur : c'est l'étape que presque tout le monde oublie, et sans elle le signalement est incomplet. Le site permet aussi de signaler un appel, ou un message déjà supprimé.
- Plainte en commissariat ou gendarmerie. Pour les escroqueries en ligne, le dispositif THESEE permet de porter plainte depuis .
- PERCEVAL ( service-public.fr ) si c'est votre carte bancaire qui a été débitée alors que vous l'avez toujours en main. Ce dispositif ne couvre pas les virements : pour un virement, c'est la plainte classique.
- 17Cyber et pour être orienté, avec un parcours d'aide aux victimes.
Signaler ne vous rendra pas votre argent, mais cela fait fermer des numéros et des comptes, souvent en quelques jours. C'est ce qui protège la personne suivante.
11. Protéger un parent âgé
N'empilez pas les critères techniques, ils ne tiennent pas à l'usage. Une seule règle, répétée calmement, protège mieux que dix conseils :
« Si quelqu'un t'appelle pour ta banque, tu raccroches et tu m'appelles. Toujours. Même si c'est vrai. »
Trois compléments qui fonctionnent vraiment :
- Enregistrez le vrai numéro de l'agence dans ses contacts, sous un nom simple, et faites-lui composer une fois pour dédramatiser le geste. Un réflexe positif s'installe mieux qu'une interdiction.
- Convenez d'un mot de passe familial, une phrase connue de vous deux. Il sert autant contre le faux conseiller que contre l'arnaque au faux enfant en difficulté.
- Dédramatisez à l'avance. Dites-lui, avant que cela n'arrive, que si un jour il se fait piéger, il pourra vous appeler sans être jugé. La honte fait perdre les heures qui comptent : beaucoup de victimes n'appellent leur banque que le lendemain matin, et c'est souvent ce délai, pas le piège lui-même, qui rend l'argent irrécupérable.
Nous voyons aussi beaucoup de personnes âgées visées par l', avec le même ressort d'autorité. Si un accompagnement tranquille, à domicile, vous paraît plus adapté qu'un rendez-vous en atelier, c'est le métier de , agréée service à la personne.
12. Questions fréquentes
Le numéro affiché était vraiment celui de ma banque. Comment est-ce possible ?
Le numéro affiché lors d'un appel est une information déclarée par l'appelant, un peu comme l'adresse au dos d'une enveloppe. L'usurper est simple. Les opérateurs français filtrent désormais une partie de ces appels, mais le numéro affiché ne constitue toujours pas une preuve d'identité.
J'ai seulement donné un code, je n'ai fait aucun virement. Est-ce grave ?
Oui, traitez-le comme tel. Un code de validation sert à autoriser une opération précise : ajout de bénéficiaire, virement, ou enrôlement de votre carte dans un portefeuille mobile sur le téléphone de l'escroc. Appelez la banque tout de suite, même si rien n'apparaît encore sur le compte. Certaines opérations n'apparaissent qu'après plusieurs heures.
Ils m'ont demandé de supprimer un bénéficiaire. C'est bien une action de protection, non ?
Non, et c'est la variante la plus retorse. Sur la plupart des applications bancaires, la manipulation dictée aboutit en réalité à
ajouter un bénéficiaire, l'écran de confirmation et le SMS étant lus trop vite sous la pression. Aucune banque ne fait jamais modifier des bénéficiaires par téléphone en direct.
Qu'est-ce que le « compte de sécurité » dont ils parlent ?
Il n'existe pas. Aucune banque ne dispose d'un compte de mise à l'abri sur lequel vous devriez virer vos fonds. Cette phrase, à elle seule, suffit à identifier l'arnaque, quelle que soit la crédibilité du reste de l'appel.
Ma banque refuse de me rembourser. C'est fini ?
Non. Un premier refus est courant et n'est pas définitif. Écrivez au service réclamations, puis saisissez le médiateur bancaire, gratuitement, avec le récépissé de plainte et votre récit horodaté. C'est à la banque de prouver une négligence grave, pas à vous de prouver votre prudence.
Dois-je faire vérifier mon ordinateur ou mon téléphone après coup ?
Cela dépend d'un seul point : avez-vous installé quelque chose, ou donné un accès à distance ? Si oui, oui, sans hésiter, et avant de taper à nouveau vos mots de passe sur l'appareil. Si l'échange s'est limité au téléphone, votre matériel n'est pas en cause. Dans le doute, notre article sur déroule la marche à suivre.
La double authentification ne devait pas empêcher ça ?
Elle empêche un pirate d'entrer sans vous. Elle ne peut rien quand c'est
vous qui validez, croyant bien faire : c'est exactement la faille que cette arnaque exploite. Elle reste indispensable pour tout le reste, voir notre article sur .
Comment être certain, à l'avenir, qu'un appel vient bien de ma banque ?
Vous ne pouvez pas en être certain pendant l'appel, et c'est justement pour cela qu'il ne faut pas essayer. Adoptez la règle inverse : on ne vérifie jamais un appel depuis l'appel lui-même. Vous raccrochez, vous rappelez le numéro que vous connaissez déjà. Cette règle vous protège même quand votre diagnostic est faux, ce qui est tout son intérêt.
Faut-il changer de numéro de téléphone après ça ?
Presque jamais. C'est très contraignant, et le nouveau numéro repart dans les fichiers en quelques mois. Activez plutôt le filtrage des expéditeurs inconnus sur le téléphone, bloquez et signalez systématiquement.
Un doute, ou une mauvaise soirée derrière vous ?
Nous sommes à Hyères, et nous accompagnons ce type de situation régulièrement. Il n'y a aucune honte à se faire piéger par un scénario de cette qualité : ce n'est pas une question d'intelligence, c'est une question de métier, et en face, c'en est un.
/ / atelier au
18 avenue Olbius Riquier, 83400 Hyères.
Selon votre situation :
- Un doute sur un appel, un message, ou un appareil à vérifier après coup ? Appelez-nous avant de valider quoi que ce soit, jamais après.
- Vous préférez être accompagné chez vous, tranquillement, pour revoir vos réglages, vos mots de passe et ceux d'un parent âgé ? C'est le métier de , agréée service à la personne, qui intervient à domicile auprès des particuliers.
- Une application a été installée pendant l'appel, ou un accès à distance a été donné ? La machine doit passer en atelier pour un contrôle sérieux et, si besoin, une réinstallation propre : s'en charge, pour les particuliers comme pour les professionnels.
- Des documents ont disparu ou sont devenus illisibles à la suite de l'incident ? N'écrivez plus rien sur le disque concerné et prenez contact avec , spécialiste de la récupération de données, avant toute manipulation.
- Ordinateur immobilisé pendant le dépannage alors que vous ne pouvez pas vous arrêter ? propose de la location courte durée.
Et si l'ordinateur ne s'allume plus du tout, panne matérielle sans rapport mais qui tombe au plus mauvais moment, répare les cartes mères de PC portables et de Chromebooks.
En résumé
- L'arnaque au faux conseiller bancaire est le poste de perte le plus lourd du hameçonnage grand public, parce qu'elle vise le virement, pas la carte.
- Le déroulé est toujours le même : SMS d'alerte, puis appel quelques minutes plus tard avec le vrai numéro de l'agence affiché, mise en confiance par des informations exactes, urgence fabriquée, puis demande d'un code, d'une validation, d'un bénéficiaire ou d'un virement de mise en sécurité.
- Le numéro affiché et les informations exactes ne prouvent rien. Le seul critère fiable est ce qu'on vous demande de faire.
- La règle absolue : aucun conseiller, aucun service anti-fraude, aucun policier ne demande un code SMS ni un virement vers un compte de sécurité.
- Pendant l'appel : raccrocher, puis rappeler soi-même le numéro au dos de la carte, depuis un autre téléphone si possible.
- Après : banque immédiatement, blocage des virements, vérification des bénéficiaires, des plafonds et des coordonnées enregistrées, plainte, puis contestation écrite au titre de l'article L133-18.
- Et si un « policier » rappelle plus tard pour récupérer vos fonds contre des frais : c'est la même arnaque, deuxième acte.
- Un doute sur un appel, un compte à sécuriser, un proche inquiet ? BSC Sécurité - ou .
La phrase à garder : on ne vérifie jamais un appel depuis l'appel lui-même. On raccroche, et on rappelle le numéro qu'on connaissait déjà.
Et si vous avez lu cette page sans être concerné : envoyez-la à quelqu'un qui pourrait l'être. C'est encore ce qui marche le mieux.