Le téléphone sonne. Au bout du fil, une voix posée et autoritaire : « Gendarmerie nationale, brigade financière. Un mandat d'arrêt est en cours à votre nom. » Suit un motif qui vous glace : une convocation de juré ignorée, une amende impayée, votre identité retrouvée dans un dossier. Et une porte de sortie, une seule : régler l'amende immédiatement, par téléphone, sinon une patrouille passe vous chercher.
Tout est faux. Il n'y a ni mandat, ni amende, ni gendarme. C'est l'une des arnaques les plus brutales du moment, parce qu'elle joue sur la peur de la loi et sur l'urgence. La bonne nouvelle, c'est qu'elle se démonte avec
une seule règle, simple et sans exception, que nous détaillons plus bas.
La phrase à retenir : aucune police, aucune gendarmerie, aucun tribunal, aucun impôt n'encaisse jamais d'argent par téléphone. Ni en cryptomonnaie, ni en cartes cadeaux, ni en coupons, ni « dans l'heure ». Si on vous le demande, c'est une arnaque, point.
L'essentiel en 30 secondes
- Un « policier » ou « gendarme » vous appelle pour un mandat d'arrêt, une convocation ignorée ou une amende, et exige un paiement immédiat pour éviter l'arrestation. C'est toujours une arnaque.
- Le mode de paiement trahit l'escroc : cryptomonnaie (distributeur de bitcoins), coupons PCS, Transcash, Neosurf, cartes cadeaux (Amazon, Apple, Google Play) ou virement instantané. Aucune autorité ne se fait jamais payer ainsi.
- Raccrochez sans vous justifier. Ne rappelez pas le numéro affiché, même s'il semble officiel : il peut être usurpé.
- Une vraie convocation arrive par courrier. Pour vérifier, appelez le 17, ou le commissariat ou la gendarmerie à un numéro que vous cherchez vous-même, jamais celui donné au téléphone.
- Si vous avez déjà payé : ces sommes ne sont pas remboursées par la banque. Portez plainte tout de suite, signalez sur 17Cyber / THESEE, et conservez tous les reçus et les codes des coupons.
Sommaire
1. Comment se déroule l'arnaque
Le scénario est très stable, et le reconnaître d'avance suffit à s'en protéger.
- L'appel surprise. Une voix calme et sûre d'elle annonce qu'elle appelle de la police, de la gendarmerie, parfois d'« Interpol » ou d'une « cellule de lutte contre la cybercriminalité ». Le ton est volontairement officiel, poli, presque compréhensif.
- L'accusation qui fait peur. Un mandat d'arrêt est lancé contre vous. Le motif varie : une convocation de juré que vous auriez ignorée, une amende jamais réglée, votre nom mêlé à une affaire (blanchiment, trafic, usurpation). Parfois, on vous dit que votre identité a été « utilisée à votre insu » et qu'on cherche à vous « aider ».
- L'urgence. On ne vous laisse jamais réfléchir. Une patrouille est « en route », vous avez « quelques minutes », l'arrestation est imminente. Le compte à rebours est le cœur du piège : il empêche le seul geste qui sauve, raccrocher et vérifier.
- Le secret. « N'en parlez à personne, c'est une enquête confidentielle. » Aucune justification légale à cela : cette consigne sert uniquement à vous empêcher de demander l'avis d'un proche, qui démonterait l'arnaque en dix secondes.
- Le paiement. Pour « éviter l'arrestation » ou « prouver votre bonne foi », il faut régler une somme tout de suite. Et c'est là que tout se joue, car le mode de paiement demandé n'a rien à voir avec une vraie amende.
2. Le détail qui trahit à coup sûr : comment on vous demande de payer
Une vraie amende se règle par des canaux officiels et traçables : timbre fiscal, prélèvement, carte sur le site de l'administration, parfois chèque. Jamais par les moyens suivants, qui sont la signature de l'arnaque :
| Ce qu'on vous demande |
Pourquoi c'est un piège |
| Déposer des espèces dans un distributeur de bitcoins |
L'argent est converti en cryptomonnaie et envoyé à l'escroc. Opération volontaire et quasi intraçable : aucun recours. |
| Acheter des coupons (PCS, Transcash, Neosurf) et dicter les codes |
Le code suffit à encaisser l'argent, sans aucune trace de l'escroc. |
| Acheter des cartes cadeaux (Amazon, Apple, Google Play) et lire les numéros |
Idem : qui a le code a l'argent. Aucune autorité n'a jamais été payée en cartes cadeaux. |
| Faire un virement instantané vers un « compte de consignation » ou « de sécurité » |
Ce compte n'existe pas. Le virement instantané est quasi impossible à rappeler. |
Retenez ce raccourci imparable :
si on vous demande de payer une amende autrement que par les canaux officiels de l'administration, ce n'est pas l'administration. Un gendarme qui vous demande d'aller acheter des cartes Apple au tabac du coin, cela n'existe pas.
3. L'affaire d'octobre 2026 : des appels passés depuis la prison
Cette arnaque n'a rien d'une légende. Le 21 octobre 2026, le site spécialisé ZATAZ a relayé une enquête édifiante d'un shérif américain (comté de Volusia, Floride).
Des victimes recevaient l'appel d'un faux policier annonçant un
mandat d'arrêt pour une convocation de juré ignorée, avec une « amende » à régler sur-le-champ dans un
distributeur automatique de bitcoins. Les pertes allaient de 9 300 à
79 000 dollars. Le plus frappant : les appels étaient passés
depuis deux prisons, par des détenus équipés de téléphones introduits clandestinement, pendant que des complices à l'extérieur encaissaient les fonds.
Deux leçons pour nous :
- Aucun piratage informatique n'est en jeu. C'est de la manipulation pure. Votre ordinateur, votre téléphone, votre banque ne sont pas « forcés » : c'est votre peur que l'on exploite. On ne se protège donc pas avec un logiciel, mais avec un réflexe.
- L'argent se retrouve, parfois. Dans un cas, 80 % de la somme a pu être récupérée en suivant la trace de la cryptomonnaie jusqu'au compte qui l'avait reçue. Les escrocs ont été identifiés non par leurs appels, mais par les comptes bénéficiaires. D'où l'importance de tout conserver et de signaler vite (voir plus bas).
4. En France : la même arnaque, d'autres habits
Les distributeurs de bitcoins sont rares en France, mais le schéma est identique et bien présent. Il se présente ici sous plusieurs formes :
- un appel d'un faux gendarme, faux policier, faux « officier d'Interpol » ou faux huissier ;
- un mail de « convocation judiciaire », parfois frappé de faux logos (Police nationale, Gendarmerie, parquet, « brigade de protection des mineurs »), vous accusant d'une infraction grave et vous enjoignant de « régulariser » sous 48 heures ;
- une variante où l'on vous dit que votre compte bancaire va être saisi et qu'il faut « mettre vos fonds à l'abri » sur un compte dicté.
Le paiement réclamé prend alors la forme de
coupons (Transcash, PCS, Neosurf), de cartes cadeaux ou d'un virement instantané. La règle ci-dessus les couvre tous.
Cette arnaque est la cousine de l' : même ressort (une autorité, une urgence, une somme à sortir tout de suite), mais ici sans banque ni code SMS. Elle arrive parfois d'ailleurs en
second rideau, des jours après une première escroquerie : un faux « policier » rappelle la victime pour lui annoncer que les fonds sont localisés, contre des « frais » à régler. C'est le même piège qui se rejoue sur une personne déjà fragilisée.
5. Comment vérifier une vraie convocation
La peur de « ne pas répondre à la justice » est précisément ce que l'escroc exploite. Voici la vérité rassurante :
la justice et les forces de l'ordre ne travaillent pas par téléphone dans l'urgence.
- Une vraie convocation arrive par courrier, souvent en recommandé, avec un en-tête, des références, une adresse et un numéro de dossier. Elle vous laisse le temps, et ne vous réclame jamais de paiement immédiat par téléphone.
- Un vrai mandat d'arrêt ne s'annonce pas au téléphone avec proposition de « payer pour l'éviter ». Ce n'est pas ainsi que fonctionne la procédure pénale.
- Pour lever un doute, raccrochez, puis composez le 17 (police secours), ou appelez le commissariat ou la brigade de gendarmerie de votre secteur, à un numéro que vous trouvez vous-même (annuaire officiel, site service-public.fr). Ne rappelez jamais le numéro affiché pendant l'appel ni celui indiqué dans le mail : ils peuvent être usurpés ou mener directement à l'escroc.
- Pour un courrier ou un mail de « convocation », ne cliquez sur aucun lien et ne répondez pas : vérifiez en appelant l'autorité par ses coordonnées officielles.
6. Pourquoi la banque ne pourra pas vous rembourser
C'est la différence cruelle avec l'arnaque au faux conseiller bancaire. Quand un escroc fait exécuter un virement frauduleux, la loi (article L133-18 du Code monétaire et financier) oblige souvent la banque à rembourser, car il s'agit d'une opération contestable.
Ici, ce n'est pas le cas. Quand vous
déposez des espèces dans un distributeur de bitcoins, que vous
achetez des coupons ou
des cartes cadeaux et que vous en dictez les codes, vous réalisez une
opération volontaire, de votre main. Il n'y a pas d'opération bancaire frauduleuse à contester : l'argent a été converti ou offert, puis a disparu.
Aucun recours bancaire automatique ne s'applique. C'est aussi ce qui rend cette arnaque si dévastatrice, et ce qui en fait l'une des plus importantes à connaître à l'avance.
Seule exception : le
virement instantané vers un compte dicté reste une opération bancaire. Si vous en avez fait un, signalez-le immédiatement à votre banque (voir ci-dessous) : le compte destinataire peut parfois être gelé s'il est signalé très vite.
7. Si vous avez déjà payé : agir dans l'heure
La honte fait perdre un temps précieux. Il n'y a pas à avoir honte : ces escrocs sont des professionnels de la manipulation, et leurs victimes sont de tous âges et de tous milieux. Ce qui compte, c'est d'agir vite.
- Rassemblez les preuves tout de suite, pendant qu'elles existent : le reçu du distributeur de bitcoins, les codes et tickets de caisse des coupons et cartes cadeaux, le numéro de téléphone affiché, l'heure de l'appel, le prénom donné, le mail de convocation. Ce sont ces éléments qui ont permis, ailleurs, de remonter jusqu'aux escrocs.
- Si vous avez fait un virement, appelez immédiatement votre banque pour tenter un blocage.
- Portez plainte au commissariat ou à la gendarmerie. Le récépissé n'est pas une formalité : c'est une pièce du dossier.
- Signalez en ligne : 17Cyber (cybermalveillance.gouv.fr) vous oriente, et THESEE permet de déposer une plainte en ligne pour ce type d'escroquerie. Pour un appel ou un SMS frauduleux, signalez aussi au 33 700.
- Notez tout par écrit immédiatement : le récit horodaté, fait à chaud, est le cœur du dossier. La mémoire des détails se dégrade en quelques jours.
8. Protéger un proche, surtout une personne âgée
Ces appels visent souvent des personnes isolées ou âgées, pour qui l'autorité et la peur du gendarme pèsent lourd. Une règle unique, simple, répétée à l'avance, vaut tous les discours :
« Si quelqu'un t'appelle en disant qu'il est de la police, de la gendarmerie ou de la justice et qu'il faut payer tout de suite, tu raccroches et tu m'appelles, même s'il dit que c'est interdit. »
Complétez-la par deux idées rassurantes à ancrer d'avance :
la vraie police ne fait jamais payer par téléphone, et
on ne risque rien à raccrocher pour vérifier. Dédramatiser à l'avance est la meilleure protection : une personne prévenue n'aura pas honte d'en parler, et c'est en parler qui sauve.
Questions fréquentes
Le numéro affiché était bien celui de la gendarmerie. Ce n'est donc pas une arnaque ?
Si. Le numéro affiché peut être
usurpé : les escrocs font apparaître n'importe quel numéro, y compris celui d'un vrai commissariat. Un numéro qui semble officiel ne prouve rien. Seul compte ce qu'on vous demande de faire : payer par téléphone = arnaque.
On m'a dit qu'une patrouille venait m'arrêter dans dix minutes. Et si c'était vrai ?
Ce n'est jamais vrai. La police et la gendarmerie n'annoncent pas une arrestation par téléphone en proposant de « payer pour l'éviter ». L'urgence est fabriquée pour vous empêcher de réfléchir. Raccrochez et appelez le 17 pour vous rassurer.
J'ai reçu un mail de « convocation judiciaire » avec les logos officiels. Comment savoir ?
Les logos se copient en deux clics. Ne cliquez sur aucun lien, ne payez rien, ne répondez pas. Une vraie convocation arrive par courrier. En cas de doute, appelez le commissariat ou la gendarmerie à un numéro que vous trouvez vous-même, pas celui du mail.
J'ai payé en cartes cadeaux. Ma banque va-t-elle me rembourser ?
Malheureusement, non, dans la très grande majorité des cas : vous avez acheté des cartes de votre plein gré, il n'y a pas d'opération bancaire frauduleuse à contester. C'est pour cela qu'il faut connaître l'arnaque avant. Portez tout de même plainte et conservez les codes et tickets : c'est la seule piste.
Faut-il faire vérifier mon ordinateur après ce genre d'appel ?
En règle générale non, car cette arnaque est purement téléphonique et n'installe rien. Mais si, au cours de l'échange, on vous a fait
installer une application ou
donner un accès à distance à votre ordinateur « pour vérifier votre dossier », alors oui : faites contrôler l'appareil, car c'est un autre piège qui a pu se greffer.
9. Nous pouvons vous aider
Nous sommes à Hyères, 18 avenue Olbius Riquier, et ces arnaques à la peur (faux policier, faux conseiller, faux support) font partie des cas que nous rencontrons le plus souvent chez les particuliers.
/ / atelier au
18 avenue Olbius Riquier, 83400 Hyères.
Selon votre situation :
- Vous venez de recevoir un appel de ce genre et vous avez un doute ? Appelez-nous, ou écrivez-nous. Nous faisons le point calmement avec vous et nous vous indiquons la marche à suivre.
- Vous avez payé, ou vous aidez un proche qui a payé ? Nous vous accompagnons dans les bons réflexes : réunir les preuves, porter plainte, signaler au bon endroit, et vérifier qu'aucun autre piège (accès à distance, application installée) n'a été laissé derrière.
- Vous préférez être accompagné chez vous, ou vous aidez un parent âgé qui reçoit ce type d'appels ? intervient à domicile chez les particuliers, agréé service à la personne, pour installer les bons réflexes avec vous, tranquillement, sur vos propres appareils.
- Un logiciel ou un accès à distance a été installé pendant l'appel et l'ordinateur doit être remis en état ? s'en charge en atelier (nettoyage, réinstallation propre, matériel).
En résumé
- Un faux policier ou gendarme vous appelle pour un mandat d'arrêt ou une amende à régler tout de suite : c'est une arnaque, toujours.
- Aucune autorité (police, gendarmerie, justice, impôts) n'encaisse d'argent par téléphone, ni en cryptomonnaie, ni en coupons, ni en cartes cadeaux, ni dans l'heure.
- Raccrochez sans vous justifier, ne rappelez pas le numéro affiché (il peut être usurpé), et vérifiez via le 17 ou un numéro que vous cherchez vous-même.
- Une vraie convocation arrive par courrier et ne réclame jamais de paiement immédiat au téléphone.
- Les sommes payées en espèces converties, coupons ou cartes cadeaux ne sont pas remboursées par la banque : connaître l'arnaque à l'avance est la seule vraie protection.
- Si vous avez payé : conservez reçus et codes, portez plainte, signalez sur 17Cyber / THESEE et au 33 700, et notez tout par écrit immédiatement.
La phrase qui résume tout : la vraie police ne vous appellera jamais pour vous faire payer une amende au téléphone. Dans le doute, on raccroche et on vérifie soi-même. On ne risque rien à raccrocher.
Sources : ZATAZ, « Arnaque au bitcoin : un réseau piloté depuis des prisons » (21 octobre 2026), d'après l'enquête du shérif du comté de Volusia (Floride) ; Code monétaire et financier (article L133-18, remboursement des opérations non autorisées) ; service-public.fr (THESEE) et cybermalveillance.gouv.fr / 17Cyber ; plateforme 33 700 pour les appels et SMS frauduleux ; fiche interne BSC Sécurité « Arnaque au faux conseiller bancaire » (cas terrain, Hyères).
Pour aller plus loin :