C'est probablement la demande la plus banale du monde informatique :
« je voulais juste installer VLC ». Ou 7-Zip. Ou Recuva pour récupérer des photos effacées. Une recherche, un clic sur le premier résultat, un bouton « Télécharger », et l'affaire est réglée en trente secondes.
Sauf que quelques minutes plus tard, l'ordinateur n'est plus tout à fait le même : un programme inconnu s'est installé, des publicités apparaissent, les fichiers ne s'ouvrent plus avec les bons logiciels, et VLC — le vrai — n'est toujours pas là.
Ce n'est pas un virus sophistiqué. C'est un
faux site de téléchargement, une copie conforme de la page officielle. Et depuis l'été 2026, ces sites utilisent une technique qui mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle
rend faux un conseil que tout le monde donne depuis quinze ans.
Le conseil qui ne fonctionne plus : « survolez le lien pour voir où il mène »
Vous l'avez sûrement déjà entendu, peut-être de notre bouche : avant de cliquer sur un lien,
posez la souris dessus sans cliquer et regardez l'adresse qui s'affiche en bas à gauche du navigateur. Si l'adresse ne correspond pas à ce qu'on vous annonce, vous ne cliquez pas.
C'était un excellent réflexe. Il vient d'être
contourné.
En août 2026, les chercheurs de Malwarebytes ont documenté une campagne de
41 faux sites de téléchargement qui font exactement ceci :
- quand vous survolez le bouton de téléchargement, le navigateur affiche en bas de l'écran une adresse parfaitement légitime — celle de Steam, par exemple ;
- quand vous cliquez, un petit programme intégré à la page ( un script ) intercepte le clic et vous envoie ailleurs.
Autrement dit : ce que le navigateur vous montre avant le clic, et ce qui se passe réellement au clic, sont
deux choses différentes. Ce n'est pas un bug du navigateur, c'est un comportement volontaire de la page.
Ce qu'il faut retenir, et c'est le cœur de cet article : le survol d'un lien n'est plus une preuve. Ce qui compte désormais, c'est le domaine affiché dans la barre d'adresse une fois arrivé, et surtout le fichier réellement téléchargé.
Bonne nouvelle : les deux vérifications qui restent valables sont à la portée de tout le monde, et prennent moins d'une minute. On y vient plus bas.
Ce que ces sites copient
La campagne vise deux publics, avec le même procédé.
Des jeux très connus — Counter-Strike, GTA 6, Fallout, Roblox, PUBG. Un détail devrait suffire à alerter : certains sites proposent des jeux
qui ne sont pas encore sortis sur la plateforme annoncée. Personne ne distribue en avance, gratuitement, un jeu que l'éditeur n'a pas encore publié.
Des logiciels Windows gratuits et populaires —
VLC,
7-Zip,
Paint.NET,
Avast,
Recuva. Ici, la contrefaçon est beaucoup plus difficile à repérer : les pages reprennent le
descriptif exact du logiciel officiel, ses
captures d'écran authentiques, son logo, sa mise en page. Visuellement, il n'y a rien à redire.
Le point commun de ces logiciels ? Ils sont
gratuits, célèbres et recherchés par des gens qui ne sont pas informaticiens. Personne ne se méfie en téléchargeant VLC.
Le cas Recuva mérite une mention à part
Recuva est un logiciel de récupération de fichiers effacés. Qui le cherche ? Quelqu'un qui vient de
perdre des données : des photos supprimées par erreur, un dossier disparu, une clé USB qui ne montre plus rien.
C'est une personne inquiète, pressée, prête à cliquer sur le premier résultat. C'est exactement la cible idéale — et le résultat est doublement fâcheux, puisqu'au lieu de récupérer ses fichiers, elle
installe un programme indésirable sur le disque même où se trouvent les données à récupérer.
Si vous êtes dans cette situation, deux règles valent mieux que n'importe quel logiciel :
- Arrêtez d'écrire sur le support concerné ( n'y installez rien, n'y copiez rien ) ;
- si les fichiers comptent vraiment — photos de famille, documents professionnels, comptabilité — ou si le disque fait du bruit, chauffe ou n'est plus reconnu, ne multipliez pas les logiciels de récupération : chaque tentative peut réduire les chances. Confiez le support à , dont c'est le métier exclusif.
Ce qui s'installe réellement
Les 41 sites, quel que soit le logiciel ou le jeu annoncé, mènent tous au
même programme : un installeur baptisé
« Download Studio », d'environ
73 Mo, publié par une société nommée
Grand Media, TOV.
Une fois en place, il :
- modifie les associations de fichiers ( notamment les fichiers .torrent ) — vos fichiers ne s'ouvrent plus avec le logiciel habituel ;
- installe un module de mise à jour automatique — c'est-à-dire un composant qui tourne en fond et qui le réinstalle tout seul si vous vous contentez de le supprimer ;
- ouvre la porte à d'autres programmes publicitaires.
Le piège de la signature numérique
Ce point mérite d'être expliqué, parce qu'il trompe même des utilisateurs avertis.
Le fichier « Download Studio » est
signé numériquement. Si vous faites un clic droit dessus et que vous regardez la signature, Windows vous dira qu'elle est
valide.
Beaucoup de gens en concluent : « c'est signé, donc c'est bon ».
C'est faux.
Une signature numérique prouve
une seule chose : l'identité de celui qui a signé le fichier, et le fait que le fichier n'a pas été modifié depuis. Elle
ne dit rien de la qualité ou de l'honnêteté du programme. N'importe quelle société peut acheter un certificat et signer ce qu'elle veut.
L'image est simple : la signature, c'est le nom sur la sonnette. Elle vous dit qui habite là. Elle ne vous dit pas si vous avez sonné à la bonne porte. La vraie question n'est donc pas « est-ce signé ? » mais « est-ce signé par le bon éditeur ? ». VLC est publié par VideoLAN, pas par « Grand Media, TOV ».
La vérification qui remplace le survol : 1 minute, avant de double-cliquer
Voici la méthode à retenir. Elle s'applique à
tout fichier téléchargé, quelle que soit sa provenance, et elle se fait
avant de lancer l'installation — c'est-à-dire au seul moment où c'est encore facile.
1. Clic droit sur le fichier → Propriétés → onglet Détails
C'est la vérification la plus efficace, et presque personne ne la connaît.
Windows y affiche le
nom du produit, la
description du fichier et le
copyright, tels que l'éditeur les a inscrits. Ces informations sont beaucoup plus parlantes que le nom du fichier, que n'importe qui peut renommer.
Ce que vous devez y lire :
| Vous vouliez télécharger… |
L'onglet Détails doit indiquer… |
| VLC | VLC media player / VideoLAN |
| 7-Zip | 7-Zip / Igor Pavlov |
| Paint.NET | paint.net / dotPDN LLC |
| Recuva | Recuva / Piriform |
Si vous lisez
« Download Studio », un nom de société inconnu, ou si l'onglet est
entièrement vide, c'est terminé : vous supprimez le fichier et vous ne le lancez pas.
2. Regardez la taille du fichier
Le même onglet Propriétés vous donne la taille. Comparez-la à ce que le
site officiel annonce.
Cette vérification est
très efficace pour les petits logiciels : 7-Zip pèse environ
1,5 Mo, Recuva quelques mégaoctets. Un fichier de
73 Mo présenté comme étant 7-Zip est une contrefaçon évidente, sans discussion possible.
Soyons honnêtes sur les limites : pour un logiciel comme
VLC, qui pèse lui-même plusieurs dizaines de mégaoctets, l'écart est moins parlant. La taille est un bon indice
complémentaire, pas une preuve à elle seule. C'est le
nom du produit ( point 1 ) qui tranche.
3. Regardez la barre d'adresse au moment du téléchargement
Puisque le survol ne vaut plus rien, la vérification se déplace
après le clic : quand la page de téléchargement s'ouvre, lisez l'adresse
en haut du navigateur.
Vous devez y voir le domaine officiel —
videolan.org pour VLC,
7-zip.org pour 7-Zip,
store.steampowered.com pour Steam. Si vous y trouvez une adresse inconnue, bourrée de tirets, ou un nom qui « ressemble à » l'officiel (
vlc-media-player-download.xyz ), fermez l'onglet.
4. Au moindre doute : supprimez, ne lancez pas
Un fichier téléchargé mais
jamais exécuté est inoffensif. Tant que vous n'avez pas double-cliqué, il ne se passe rien. Vider le dossier Téléchargements ne coûte rien et règle la question définitivement. C'est le même raisonnement que pour .
Où télécharger sans risque
La règle tient en une phrase :
on ne cherche pas un logiciel, on va le chercher.
- Le site officiel de l'éditeur, atteint en tapant l'adresse vous-même dans la barre du navigateur ( videolan.org, 7-zip.org… ) — et non en cliquant sur un résultat de recherche. Une fois le bon site trouvé, mettez-le en favori : la fois suivante, la question ne se posera plus.
- Le Microsoft Store ou la commande winget quand le logiciel y est présent : les fichiers y sont contrôlés par Microsoft. VLC et 7-Zip y sont tous les deux disponibles.
- Steam ou la boutique officielle de l'éditeur pour les jeux. Un jeu commercial distribué gratuitement par un site tiers n'existe pas.
- Ce qu'il faut fuir : les sites agrégateurs du type « télécharger gratuitement », « logiciel-gratuit », « download-france ». Même quand ils ne sont pas franchement malveillants, ils remplacent l'installeur d'origine par leur propre version, enrichie de programmes publicitaires cochés d'avance. C'est l'origine d'une bonne moitié des PC encombrés que nous voyons à l'atelier — voir notre article sur .
Le piège du résultat sponsorisé
Un mot sur le chemin par lequel arrivent la plupart des victimes :
la publicité en tête des résultats de recherche.
Quand vous cherchez « VLC » sur un moteur de recherche, les premiers résultats sont souvent des
annonces payantes, signalées par une petite mention « Sponsorisé » ou « Annonce » facile à ne pas voir. N'importe qui peut acheter une annonce sur le nom d'un logiciel connu — y compris l'auteur d'un faux site.
D'où deux réflexes complémentaires :
- descendez sous les annonces avant de cliquer, ou mieux, tapez directement l'adresse officielle ;
- installez un bloqueur de publicité ( uBlock Origin ou équivalent ). Ce n'est pas du confort, c'est de la sécurité : il supprime d'un coup les annonces frauduleuses en tête des résultats et une bonne partie des publicités piégées présentes sur des sites par ailleurs tout à fait honnêtes. Nous détaillons ce point dans .
Les signaux qui doivent vous arrêter net
Sur la page :
- le téléchargement passe obligatoirement par un « gestionnaire de téléchargement » à installer d'abord — un logiciel gratuit se télécharge directement, jamais via un intermédiaire ;
- il y a plusieurs gros boutons « Download » sur la page, dont certains sont en réalité des publicités ;
- le jeu proposé n'est pas encore sorti, ou est proposé gratuitement alors qu'il est payant partout ailleurs ;
- la page réclame de désactiver l'antivirus « pour que l'installation fonctionne » — c'est un aveu, jamais une contrainte technique légitime ;
- on vous demande de remplir un questionnaire, de donner un numéro de téléphone ou une adresse mail pour « débloquer » le téléchargement.
Pendant l'installation :
- l'installeur propose des logiciels supplémentaires cochés par défaut ( barres d'outils, « optimiseurs », antivirus tiers ) ;
- le nom qui s'affiche dans la fenêtre d'installation n'est pas celui du logiciel voulu ;
- Windows affiche un avertissement de sécurité mentionnant un éditeur inconnu ou un nom que vous ne reconnaissez pas.
« Je crois que je l'ai déjà installé » — quoi faire
D'abord :
respirez. Ce type de programme est un indésirable envahissant, pas un logiciel qui vole vos comptes bancaires. La situation se rattrape, et vos fichiers personnels ne sont pas en cause.
Voici l'ordre à suivre.
1. Désinstallez le programme. Paramètres → Applications → Applications installées. Repérez « Download Studio », ainsi que
tout éditeur inconnu installé récemment — triez la liste par date d'installation, c'est le moyen le plus rapide de voir ce qui est arrivé le même jour. Les indésirables voyagent rarement seuls.
2. Passez deux outils de nettoyage, dans cet ordre. AdwCleaner puis
Malwarebytes ( versions gratuites, à télécharger sur
malwarebytes.com, en appliquant les règles ci-dessus ). Windows Defender, déjà présent, complète le travail. Attention à ne
pas installer un troisième antivirus permanent au passage : plusieurs antivirus qui tournent ensemble se gênent et ralentissent la machine — c'est un problème que nous voyons très souvent, expliqué dans .
3. Coupez les relances automatiques. C'est l'étape que l'on oublie, et c'est pour cela que le programme « revient ». Vérifiez :
- le Gestionnaire des tâches → onglet Applications de démarrage : désactivez ce que vous ne reconnaissez pas ;
- le Planificateur de tâches de Windows : une tâche de mise à jour peut réinstaller le programme des jours plus tard.
4. Remettez les associations de fichiers en ordre. Paramètres → Applications →
Applications par défaut : si vos fichiers s'ouvrent avec un programme inattendu, c'est ici que ça se corrige.
5. Nettoyez le navigateur. Extensions inconnues, page d'accueil et moteur de recherche modifiés,
autorisations de notifications accordées par erreur : la marche à suivre navigateur par navigateur est détaillée dans .
6. Redémarrez et vérifiez que le programme n'est pas revenu. S'il revient, c'est qu'un composant subsiste : à ce stade, mieux vaut faire regarder la machine plutôt que d'accumuler les outils — voir .
Deux pièges à éviter dans la panique
Ne rappelez jamais un numéro affiché à l'écran. Si, après cet épisode, une fenêtre plein écran surgit en annonçant que votre PC est infecté et qu'il faut appeler un numéro « Microsoft », c'est une
arnaque, sans exception. Aucun éditeur ne procède ainsi. C'est le sujet de nos articles sur et sur .
N'installez pas un « nettoyeur » trouvé en cherchant une solution. Chercher « supprimer Download Studio » ramène en priorité des pages qui vous proposent… un autre logiciel à installer. C'est le même mécanisme qui vous a amené là. Les seuls outils à utiliser sont ceux cités plus haut, téléchargés sur leur site officiel.
Si vous avez saisi des informations personnelles ou bancaires sur l'un de ces sites, ou si vous avez laissé quelqu'un prendre la main sur votre ordinateur, la marche à suivre complète est dans .
Besoin d'un coup de main ?
Vous avez un doute sur un fichier téléchargé, un programme inconnu apparu tout seul, des publicités qui ne partent plus, ou vous préférez simplement qu'on vérifie que la machine est propre ?
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Selon votre situation :
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En résumé
- Une campagne de 41 faux sites de téléchargement ( documentée en août 2026 ) copie à l'identique les pages officielles de VLC, 7-Zip, Paint.NET, Avast, Recuva et de jeux très connus.
- Le survol d'un lien n'est plus une preuve : ces sites affichent une adresse légitime au survol, puis redirigent ailleurs au clic grâce à un script. Le vieux conseil « regardez en bas de l'écran avant de cliquer » ne suffit plus.
- Tous ces sites installent le même programme, « Download Studio » ( ~73 Mo, éditeur Grand Media, TOV ), qui modifie les associations de fichiers et se réinstalle tout seul via un module de mise à jour.
- Le fichier est signé numériquement, et cela ne prouve rien : une signature dit qui a signé, pas que c'est le bon logiciel. VLC, c'est VideoLAN.
- La vérification qui remplace le survol : clic droit → Propriétés → onglet Détails et lire le nom du produit ; contrôler la taille ; lire le domaine dans la barre d'adresse au moment du téléchargement. Un fichier téléchargé mais jamais lancé est inoffensif.
- On télécharge sur le site officiel, en tapant l'adresse soi-même ( puis en la mettant en favori ), via le Microsoft Store / winget, ou sur Steam pour les jeux — jamais via un résultat sponsorisé ni un site agrégateur.
- Déjà installé ? Désinstaller → AdwCleaner puis Malwarebytes → couper le démarrage et les tâches planifiées → remettre les applications par défaut → nettoyer le navigateur → redémarrer et vérifier.
- Vous cherchiez Recuva parce que vous avez perdu des fichiers ? N'écrivez plus rien sur le support et passez par plutôt que d'enchaîner les logiciels.
- Un doute sur un fichier, un programme inconnu, une fenêtre alarmante ? BSC Sécurité — ou .